Jeudi 12 novembre 2009
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Non, pour ceux qui s'attendaient aux mémoires du détective des années 60-70 joué par Mike Connors, c'est loupé ! Et d'ailleurs celui-ci
s'appelait Joe Mannix. Mais avouez que c'est quand même pas commun, pour une jeune bretonne née en 1966 de se cacher derrière le nom d'un héros buriné de la télévision interprété par un cousin
d'Aznavour !
Contrairement aux idées reçues, les petits auteurs qui éditent des fascicules et des fanzines ne sont pas tous des glandeurs qui se contenteraient de gribouiller sur un carnet à une table
de bistro. Quand on découvre les journées du couple Jo Manix/Nylso, ils passent leur temps sur la route à aller de petits salons en réunions de MJC, à tenter de boucler jusque tard dans la nuit
leur magazine, à donner des cours de BD à des gamins, à chercher à placer leurs dessins chez des éditeurs etc. Tout ce parcours, qui tient de celui du combattant est joliment résumé dans la préface
de Jean-Paul Jennequin (éditeur, traducteur, critique et essayiste de la bande dessinée) qui fut un des premiers à croire en eux.
Le Journal de Jo Manix reprend la série des Jo Manix Sketch Book publiée il y a une dizaine d'années aux éditions Le Simo, petite structure rennaise fondée par le duo. Au départ, un
procédé oulipien : les histoires publiées dans le fanzine devaient utiliser six mots pris au hasard dans le dictionnaire. L'autobiographie sous forme de carnet de bord est devenue courante
aujourd'hui dans la BD mais si Jo Manix parle d'elle, ce n'est pas par nombrilisme. Elle parle autant des autres et de son métier qui est une passion, bien qu'elle en bave.
Un travail ingrat parfois payé d'ingratitude comme lorsqu'elle découvre que son nom a été effacé d'une affiche placée un peu partout. Heureusement, entre petits, on se sert les coudes (pour la
tenue de stands, la distribution des bouquins d'une ville à l'autre...). Et Jo et Nylso s'aident et s'inspirent mutuellement, non sans quelques coups de gueule ou de blues, comme dans n'importe
quel couple. Comme il s'agit d'un journal, Joëlle Guillevic n'y parle pas que boulot mais aussi du train-train quotidien, des amis, parents, voisins, des petits bouts de vacances pris ici et là,
des soirées cinoche... Pas toujours les instantanés les plus passionnants, sauf pour quelques morceaux choisis comme les souvenirs de guerre qu'échangent son père et un vieil ami américain, quand
son imagination part en free-lance (la grand-mère de ses voisins laotiens) ou les conseils simples mais justes donnés à un apprenti bédéaste.
Parmi les nombreuses anecdotes de métier qui sentent le vécu, elle évoque la condescendance teintée de mépris et le corporatisme de certains noms installés de la bande dessinée comme lors
d'un festival à Chinon avec les remarques d'un historien du 9ème art réputé (ce qui ne m'a étonné qu'à moitié quand on lit ses éditos dans un magazine actuel). Le monde des petits miquets n'est pas
plus rose que d'autres milieux professionnels. Ce qui n'empêche pas les gros éditeurs de faire entrer des auteurs classés indé dans leur giron dès qu'ils sentent qu'il y a un potentiel.
Car la petite édition sert souvent à faire éclore des talents et à proposer des ouvrages qui auraient peu de chance de paraître chez des majors. Et comme en plus "Le Journal de Jo Manix"
est en noir et blanc et privilégie le texte sur l'image... Des petits dessins tout simples mais expressifs et souvent attendrissants. Vous ne trouverez donc pas ce bouquin en tête de gondole mais
si votre libraire préféré sait faire son job...
Joëlle Guillevic/Jo Manix n'est plus mais son compagnon Nylso (Nyls Ostrogradski) continue à offrir régulièrement des petits albums délicieux. En janvier, FLBLB publiera ainsi le prochain tome des
aventures de Jérôme d'Alphagraph, Jérôme et la route.
Le Journal de Jo Manix, Tome 1 : mars 1994 - juillet 1995, de Joëlle Guillevic
Flblb
ISBN 2914553366 / 9782914553360
15 €
Présentation de l'éditeur :
Premier tome de l’édition intégrale augmentée d’inédits du journal de Jo Manix (alias Joëlle Guillevic, 1966-2001) paru initialement aux éditions Le Simo entre 1996 et 2001.
Joëlle Guillevic fut une des premières auteures en France à pratiquer l’autobiographie dessinée. Assez sensible au caractère très masculin du milieu de la bande dessinée, elle choisit le pseudonyme
de Jo Manix, d’après la série télévisée mettant en scène un enquêteur au caractère bourru et aux méthodes efficaces. Avec Nylso et l’équipe du Simo, elle contribua activement à l’émergence d’une
nouvelle bande dessinée dans les années 1990. Ce premier tome de l’intégrale de son journal couvre les années 1994-95 et décrit l’enthousiasme d’un couple d’auteurs qui a tout plaqué pour se
consacrer à la création.
On découvre Jo Manix et Nylso évoluant de festivals en boulots d’illustration, puis le journal s’attarde sur leur vie quotidienne. Jo Manix tient ce qu’elle appellera plus tard ses "chroniques
rennaises" : la ville, les copains, les parents, les balades, le cinéma, les lectures... Au fil des pages, elle abandonne la plume pour le pinceau et acquiert l’aisance qui caractérise son
style.
Ce premier tome du journal de Jo Manix nous fait entrer de plain pied dans son quotidien, et décrit le milieu de la bande dessinée indépendante alors en pleine émergence, qui pratique le
do-it-yourself avec professionnalisme, tisse ses réseaux et cherche à se faire connaître.
L’intégrale du journal de Jo Manix sera publiée en plusieurs tomes, incluants des pages inédites issues des archives de l’auteur.
Préface de Jean-Paul Jennequin.
L'auteure :
Joëlle Guillevic (Jo Manix) est née en 1966. En 1994, elle et Nylso, son compagnon, décident de quitter leur boulot à Paris pour fonder à Rennes la revue de bande dessinée Le
Simo. Parallèlement, Joëlle débute son journal dessiné, le Jo Manix Sketch book. À partir de l’année 2000, elle y raconte sa lutte contre le cancer. Un temps rétablie, elle
fonde avec d’autres auteurs l’hebdomadaire Chez Jérôme comix. Mais elle est à nouveau touchée par la maladie et s’éteint le 17 septembre 2001.
Liens :
Présentation de l'album avec ses premières planches
Si vous avez envie de rencontrer les auteurs de la maison FLBLB pour leur dire tout le bien que vous pensez de leurs
opuscules...
Par lamiri
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Publié dans : Critiques BD
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